Le sujet  de notre spectacle n’a pratiquement jamais été exploré par le théâtre. D’après l’auteur c’est un tabou qui est fondé sur la peur des hommes à avouer leur impuissance momentanée ou définitive, leur humiliation de l’incontinence, la honte du regard des autres,  la solitude enfin… Sur ces questions intimes, les hommes font un blocage, ils sont incapables d’en parler surtout avec leur compagne.  Mais notre personnage en parle et il se fait entendre et ose confier sa douleur physique et psychologique, sa détresse et ses doutes.

Ce récit intime sans tabou de Tahar Ben Jelloun marche très bien pour un lecteur seul devant ce texte par contre dit devant un public les mêmes mots peuvent sonner différemment. En travaillant sur l’adaptation et la mise en scène nous avons voulu respecter l’intimité de cette histoire franche et directe racontée par ce mathématicien obligé de s’exprimer avec des mots souvent  crus parce qu’il a choisi de dire tout.

Il s’adresse à Catherine, son épouse disparue, qui interviendra avec la voix off d’une comédienne Léa Gabriel, parfois sous la forme de poèmes écrit par Tahar Ben Jelloun.

D’un monologue on passe presque à un dialogue car en parlant ainsi avec celle qu’il a follement aimé elle devient son unique soutien moral face à l’épreuve de la maladie. Il comprendra en même temps que dans son comportement passé avec elle sa lâcheté était souvent plus forte que sa culpabilité.

Festival OFF d'Avignon 2018

Création mars 2016

Tahar Ben Jelloun a écrit quelques lignes au sujet de cette adaptation :

“Robert Benoit a eu beaucoup de mérite de travailler sur le récit « l’Ablation » pour l’adapter au théâtre. Du mérite, du courage et du talent. Car c’est un sujet présent dans la vie des hommes mais qu’ils préfèrent ne pas aborder, ne pas en parler. Le tabou d’un des cancers les plus fréquents et aussi celui qui se soigne le mieux est persistant.
Le devoir d’un écrivain est d’être un témoin de son époque et de ses douleurs. Lever le voile sur une réalité aux conséquences nombreuses, en passant par la littérature, facilite en quelque sorte l’approche de la question. Faire passer l’écriture littéraire au récit sur scène par un acteur s’adressant à une femme, est une façon de chasser la peur et l’ignorance que cela engendre.

… J’ai écrit ce témoignage qui est en fait un récit où réalité et fiction se sont entremêlées.

Robert Benoit le montre bien, allant jusqu’à faire appel à la poésie pour qu’il soit entendu.
On a envie de dire : « N’ayez pas peur, braves gens, ce n’est que du roman ! ». Mais c’est plus que du roman, c’est de la vie envahie par des mots et des phrases qui font la culbute, dansent, chantent, chahutent, volent puis reviennent au sol avec humilité.
Merci à Robert Benoit d’avoir pris à bras le corps ce texte et qui le donne aujourd’hui avec force et subtilité, poésie et enchantement.”
TBJ.

Tahar Ben Jelloun